VILLA JOHANIS, VILLEGENYS, VILLEJENIS, VILLEGENIS, VILLEGINIS, VILGÉNIS
Au XIIe siècle, le seigneur de Massy de l'époque, Jean de Macy partage son domaine entre ses trois fils : Guillaume prend la succession de son père, Aymon fonde la Villa Haymouis ou Vilaine et Jean crée la Villa Johanis ou Villegenis.
Les propriétaires successifs connus en furent :
- 1216 - Hugues de Villa-Génis.
- « Guerre de cent ans ». En 1358, Édouard III, mettant à feu et a sang toute la contrée, assiéga Amblainvilliers. Des mois durant, les troupes anglaises ont vécu sur Igny, Villegenis, Vauhallan et Saclay. Les populations qui avaintt déserté les vallèes de la Bièvre et de l'Yvette reviennent entre 1384 et 1396.
- 1433 - Thibault Fourquaud, Avocat au Parlement. Entre 1433 et 1481, le nom s'est orthographié Villegenys.
- 1481 - Christophe Fourquaud, Seigneur de de Villegenis et Villemoisson-sur-Orge, Procureur au Parlement. Il décède le 6 novembre 1488, sa femme, Pierrette Hesselin, le 13 février 1501.
- 1502 - Jacques Fourquaud, fils de Christophe Fourquaud. Certainement la date de construction du premier Château Seigneurial de Villegenis. Il existait bien un en douze volumes, mais emporté par le dernier propriétaire, il est à craindre qu'il ait été détruit dans l'incendie de la Mairie de Macy en 1804 ou lors des événements de 1944. On lit que ce Château, au XIVe siècle, possède quatre tours de forme très irrégulière avec trois parties essentielles : l'enceinte, le donjon qu'elle abrite et, au centre, les bâtiments agricoles et la basse cour.
- 1575 - François de Vigny et son épouse Françoise Fourquaud (Famille dont est issu Alfred de Vigny), seigneur d'Étampes et châtelain de Villegenis jusqu'au 16 mai 1597. Françoise Fourquaud, Dame de Villegenis, était riche héritière de la famille Fourquaud, qui ne comptait plus ses biens sur Massy, Palaiseau et Villemoisson ; de riches laboureurs et fortunés gens « de robe » ayant fait de Françoise Fourquaud, ce qu'en toute époque on nomme « un bon parti ».
- En 1579, les Vigny réunissent les terres de Villegenis, puis en 1586, celles d'Igny et de Gommonvilliers et quelques autres fiefs aux environs.
- 1616 - Bertrand de Solly, époux de Geneviève de Vigny. À cette date, les seigneuries de Villegenis et d'Amblavilliers - Paroisse de Macy - relévent de la baronnie de Macy.
- 1618 - Une partie du fief appartiendra à Charles Levoyer ou Levayer, magistrat, correcteur des comptes à la Chambres des Comptes de Paris, ainsi que le fief de Fontaine-Michel. À cette époque, le château avait un oratoire.
- 1643 (27 mars) - Barthélémy de Lafont et Étienne de Vigny et son épouse Madeleine de Lafont
- 1651 - Pierre d'Albertas, Chevalier de Ners et de Gemenos, Maître des requêtes et Conseiller du Roi, époux de Jeanne de Rhodis de Saint Diery, achète, le 6 septembre 1651, le Château, ses dépendances, la terre et la seigneurie d'Igny ainsi que le fief de Gommonvilliers à Madeleine de Lafont, veuve d'Étienne de Vigny.
- 1688 (16 septembre) - Carré de Montgeron (Guy Carré, seigneur de Montgeron), Maître des Requêtes, Seigneur du fief de Fourquaud à Palaiseau (pour partie de fief)
- 1697 - Henry Renaud d'Albertas, héritier de Pierre d'Albertas, son grand'oncle (Foi et Hommage aux Dames de Saint louis à Saint-Cyr). Il devient Seigneur d'Igny et de Villegenis.
- 1719 - Claude Glucq des Gobelins, seigneur de Villegenis, magistrat, industriel et collectionneur du XVIIIe siècle français né en 1676 à Paris et décédé dans cette même ville le 22 mai 1742. Fils de Jean Glucq, teinturier en écarlate aux Gobelins, et de Marie Charlotte Jullienne, il choisit la carrière de Conseiller au Parlement, comme son aîné Jean-Baptiste Glucq. Il fut reçu le 30 juillet 1710 en la cinquième Chambre des Enquestes et hérita en 1718 de la moitié de la manufacture paternelle. Il , (Aujourd'hui cour des Communs), le 17 novembre 1719 à Henry-Reynaud d'Albertas le château de Villegenis, qu'il décora de somptueux chefs-d'œuvre acquis auprès des artistes qu'il côtoyait aux Gobelins, dont l'ébéniste Pierre Migeon.
- Il possédait Les agréments de l'été et Les plaisirs du bal, entre autres toiles de Watteau, et avait commandé à François Desportes qui était le peintre des chasses et de la meute de Louis XIV, une Chasse au loup dont le pendant se trouve au musée de la chasse et de la nature. Il augmente la superficie du domaine, dans lequel est intégré le canton appelé La Fontaine Michel qui avait appartenu en 1618 à Charles le Voyer, lequel avait obtenu la permission d'y faire célébrer des messes dans une Chapelle. L'acte rappelle que Villegenis relève de la Baronnie de Macy dont le seigneur est Paul-Jules Mazarin de Ruze, Duc de mazarin. De même, il fit de grands travaux dans le château de Pionsat - jusque-là bien de la famille de Chabannes - en Auvergne, mais entraîné par son train de vie, il se démit de sa charge en 1741 et mourut l'année suivante sans avoir contracté d'alliance. Alors, seuls quelques instruments de musique et sa bibliothèque furent dispersés pendant la vente au Palais du Petit Luxembourg qui s'ensuivit, son capital foncier étant évalué à 76 700 livres.
Il avait acheté en 1720 au marchand Edmé-François Gersaint l'un des derniers tableaux peints par Watteau, L'Enseigne de Gersaint. On pense pouvoir l'y reconnaître debout, aux côtés de son cousin germain Jean Jullienne, qui le lui avait racheté pour le céder plus tard à l'agent de Frédéric II de Prusse. Cette œuvre se trouve depuis 1744 à Berlin au Staatliche Museen.
- 1727 - Suzanne Commeau, veuve de Prévostant, écuyer, Seigneur de Prévallon pour partie de fief ; Charles François Prévost de Lavau, pour partie de fief
- 1741 - Seigneur Claude Pierre Marquis de Sabrevois, Capitaine au régiment Royal des Carabiniers et son épouse Louise de Guiry, achètent : le Château de Villegenis le 8 août 1741 à Claude Glucq, les fiefs d'Igny, de Gommonvilliers, de Vilaine, les terres et la métairie de la Fontaine-Michel pour 400 000 livres plus 20 000 livres pour les meubles du Château.
- 1744 - Élisabeth Alexandrine de Bourbon, Comtesse de Sens, (Mademoiselle de Sens) achète par devant maître Brochochant, notaire à Paris, les fiefs et seigneuries de Villegenis, Igny et Gommonvilliers ainsi que le château de Villegenis pour 430 000 livres (pour financer cet achat, elle vend la terre et seigneurie de Vallery à Monsieur et Madame de Launay, pour 280 000 livres).
- En 1755, elle fait reconstruire le château de Villegenis sur les dessin d'Ullin. Elle en fait un des plus beaux châteaux des environs de la capitale. Il était entouré d'eau vive, venant des nombreuses sources (Plan original au Musée Condé). Claude François Desportes (Champigneulles, 1661 - Paris, 1743), célèbre peintre animalier et sculpteur, décora de tableaux de chasse les appartements. Il fut le peintre des chasses et de la meute de Louis XIV, il a peint une huile sur toile, "Chasse au loup", commandée en 1725 pour le château de Villegenis, alors propriété du conseiller Glucq.
- Nicolas Coustou (1658-1733), sculteur de Louis XIV, façonna une dont certains agents d'Air France purent admirer les formes jusque vers 1965 - Qu'est-elle devenue ?.
- Née en 1705, Elisabeth-Alexandrine est la sixième et dernière fille de Mlle de Nantes et est connue sous le titre de Mlle de Sens ou de Mlle de Gex. Elisabeth-Alexandrine failli épouser Louis Ier d'Orléans en 1724, mais Françoise-Marie de Bourbon (soeur de Mlle de Nantes) mère du duc lui préféra pour son fils la princesse Augusta-Marie-Jeanne de Bade. De ce fait, Mlle de Sens ne se maria pas.
D'après un plan de l'Archevêché de paris datant de 1728, l'orthographe est « Villeginis » (Bibliothèque historique de la ville de Paris). Cette même orthographe se retrouve très souvent au XVIIe siècle. Sur un plan de Verrières de 1738, on voit le profil du château de « Virginy » avec ses quatre tours.
C'est sous l'orthographe Villejenis que l'Abbé Jean Lebeuf mentionne le domaine, en relation avec Macy (Massy) et Igny, dans son ouvrage Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris (1754)
C'est sous celle de Villeginis qu'Antoine Nicolas Dézallier d'Argenville décrivit le château en 1769, dans son livre « Voyage pittoresque des environs de Paris »
Et c'est sous celle de Villegenis que Jacques Antoine Dulaure décrit le château en 1787 dans son livre Nouvelle description des environs de Paris.
La « Glacière » en mai 2007
1765 - Louis V Joseph de Bourbon, Prince de Condé, Prince du Sang (Cousin germain du roi), Pair de France (À l'âge de 16 ans), époux de Charlotte Gottfried Élisabeth de Rohan-Soubise, hérite de sa tante, Mademoiselle de Sens. Il replante le parc et en fait un magnifique rendez-vous de chasse. Il fait redessiner l'entrée du Château et reconstruit la ferme (Communs) par Bellisard en 1774.
- Une glacière souterraine fut construite et les blocs de glace découpés dans l'étang pendant l'hiver et entassés au fond, permettaient la conservation des denrées jusqu'au milieu de l'été. À la révolution le Prince de Condé rejoignit l'Armée des émigrés, le domaine fut pillé
- La ferme de Villegenis occupe alors 216 arpents de terres et prés ; elle est louée 1000 livres. En avril 1779, la location est portée à 1800 livres et à 2400 livres en 1783.
- Le Prince de Condé utilisa le talent d'ébénistes tels que Jean-François Leleu (1729-1807) et François Reizell qui livrérent de nombreux meubles destinés au Palais-Bourbon, à Paris, ainsi qu'aux châteaux de Chantilly et de Villegénis. Jean-François Leleu commença sa carrière à l'Arsenal puis s'établit chaussée de la Contrescarpe, en face de la Bastille. Natif d'Allemagne comme bon nombre de ses confrères, Reizell commença à exercer rue Traversière, près du faubourg Saint-Antoine, avant de s'établir, vers 1770, rue des Saints-Pères, et enfin rue du Petit-Lion-Saint-Germain.
- 1787 - Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé « Melle de Condé », par donation de la jouissance et de l'usufruit. Elle en prend possession le 25 août. Le 19 juillet 1788, nouvelle donation pour la ferme.
- Superficie du domaine en 1788 : 455,5 hectares de terres et près ; Igny 131,42 ha de terres et près, 234 ha de bois ; Amblainvilliers 128,19 ha. Soit un total de 949,11 ha.
- 1789 - Villegenis eut beaucoup à souffrir de la révolution. Le domaine fut pillé, les belles œuvres d'art et le mobilier disparurent.
- 1795 (18 août) - Vente du château et des terres provenant des biens de l'émigré Louis-Joseph Capet (Prince de Condé), le 2 fructidor an IV (18 août 1795) au négociant Detmar-Basse, qui y installe une importante fabrique de fil. En relation avec Jouy-en-Josas et la fameuse « Toile de Jouy ».
- 1806 - Les biens de Vilgenis font l'objet d'une levée d'ajournement de paiement par jugement du Conseil d'Etat. Le citoyen Detmar-Basse, qui appartient à la catégorie des « munitionnaires et fournisseurs de l'armée » ne pourra longtemps conserver ses biens et, avant que ne disparaisse l'Empire français, François Duprey-Blampain deviendra propriétaire du Château de Villegenis.
- Lamarck trouve dans le parc une espèce de fleur qu'il ne connaissais pas ; relaté en 1811 dans l'Encyclopédie Méthodique.
- 1823 - Charles Arnoult Delorme (1765-1853), avocat au parlement de Nancy, qui épousa Melle Anne Marguerite Charlotte Duprey le 10 juin 1788 (Archives de Rambervillers, Vosges - Merci à Olivier Loison). Delorme fait démolir le château, trop vaste à son goût, mais surtout pour y vendre pierres et matériaux de constructions pour, entre autres, la construction du Passage ou de la Galerie Delorme en 1808 à Paris (Commençait au 194 rue de Rivoli pour finir au 287 rue Saint-Honoré). Il fait ensuite construire une grande maison Bourgeoise à l'emplacement actuel du Château. Le peintre Ingres, ami de Delorme, est venu peindre à Villegenis d'où il a signé trois portraits, aujourd'hui au Louvre : Mademoiselle Bonnard ou Boinard 1828, Madame Grand 1830 et un portrait de son ami Delorme. C'est à Rome que Delorme meurt en 1855.
- 1852 - Prince Jérôme Bonaparte, Roi de Westphalie de 1807 à 1813, Gouverneur des Invalides en 1848 et Maréchal de France en 1850. Le prince Jérôme transforma le château, l'agrandit, l'embellit et en fit une élégante demeure de style Premier Empire dont les lignes subsistent actuellement.
C'est ainsi que nous pouvons aujourd'hui admirer les deux magnifique frontons avec l'aigle impériale aux ailes déployées, tenant dans ses serres des lauriers (façade Nord) et les armes du Royaume de Wesphalie (façade Sud), dont Jérôme fut quelques années roi.

Plaque entrée (ACMN)
- Nous ne savons pas grand chose de la manière dont l'intérieur était disposé, sinon que le prince Jérôme créa une immense salle à manger (salle 1 et 3) agrandit les Communs (porche reliant les ailes Est et Ouest) et créa des écuries pour recevoir 36 chevaux.
- Il doubla l'étendue du parc (65 hectares) par la suppression d'un chemin communal ; c'est ainsi que la Bièvre en est devenue l'extrême limite, en échange de la construction d'une école. (Voir Délibérations entre le Conseil Municipal de Massy et le Prince Jérôme Bonaparte). Puis fit creuser un étang, sur la Bièvre, auquel il donna la forme du légendaire chapeau de Napoléon.
- La Reine Frédérique-Catherine-Sophie Dorothée, princesse royale de Wurtemberg qu'il avait épousée lui resta fidèle dans l'infortune et habita Vilgenis à ses cotés.
Le prince meurt, à Villegenis le 24 juin 1860 à l'âge de 76 ans entouré des siens. On sait que Napoléon III et l'Impératrice Eugénie lui rendirent plusieurs visites pendant sa maladie.
Jean Morcelet
Fronton du château de Vilgénis
Blason de Jérôme Bonaparte

Le château de Villegenis où est morte
Son Altesse le prince Jérôme Bonaparte
Gravure extraite du « Monde Illustré » n°168 de Juin 1860
Chapeau de Napoléon avec cocarde
Google Earth
Au cours des travaux menés par Jérôme Bonaparte, la Bièvre fut aménagée en « Chapeau de Napoléon » avec une île artificielle figurant la « Cocarde ». Au fil du temps, cet aménagement a subit quelques déformations comme on peut le voir sur cette photo satellite.
Délibérations entre le Conseil Municipal de Massy et le Prince Jérôme Bonaparte
Le château fut agrandi en 1852 par le prince Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon 1er qui acheta le domaine et y vécut 8 ans. Jérôme Bonaparte, à la suite de conventions avec le roi Louis-Philippe pour être réintégré dans ses droits de citoyen français, fut autorisé en 1847 à habiter provisoirement Paris avec son second fils. La révolution de 1848 mit fin à l'exil de la famille Bonaparte. Rentré alors dans ses droits de Français et d'officier général en activité, il fut le 23 décembre 1848 nommé gouverneur des Invalides et maréchal de France le 1er janvier 1850. Le 28 janvier il fut choisi pour présider le Sénat, et prononça le 4 novembre un discours très remarquable en ouvrant la délibération sur le message relatif au rétablissement de l'empire.
Réintégré quelques jours après dans ses droits de prince français, il résigna ses fonctions et fut déclaré, ainsi que son fils Napoléon, apte à succéder à l'empereur, pourvu d'une maison militaire, d'une liste civile, doté des résidences de Meudon et du Palais-Royal, et appelé plusieurs fois à présider le conseil des ministres en l'absence de l'empereur Napoléon III.
Attaqué une première lois, le 13 décembre d'une inflammation pulmonaire, il fut atteint plus sérieusement en 1860 et succomba le 24 juin en son château de Villegenis. Ses funérailles eurent lieu le 3 juillet et il fut inhumé dans l'église des Invalides, où M. Cœur, évêque de Troie, prononça son oraison funèbre.
- 1860 - Napoléon Joseph Charles, dit le Prince Jérôme, héritier de son père
- 1865 - Alphonse Giroux, artiste peintre, qui en fit héritier son gendre.
- 1880 - Louis Eugène Bazin-Giroux, notaire à Paris, gendre d'Alphonse Giroux. A exercé du 20 août 1853 au 8 mai 1889 avant de se retirer à Vilgénis
- 1906 (Novembre) - William Ellis Corey (USA), en cadeau de mariage à Miss Mabelle Gilman. Madame Mabelle Gilman Corey est une ancienne « reine » de l'opérette, elle avait triomphé sur toutes les scènes des États Unis et ensuite fût « reine » par son mariage en 1907 avec un « roi », celui de l'acier, William Ellis Corey.
C'est dans son château de Villegenis qu'elle reçut pendant de longues années, son prince, charmant... un fils de l'Infante Eulalie, don Luis Fernando d'Orléans-Bourbon.
- Elizabeth Duncan et les filles de l'école de danse d'Isadora Duncan, ont séjourné au Château de Vilgénis en 1908. Le Boston Herald du 13 octobre 1908 relate des propos de Maybelle Corey à Isadora Duncan : « Penser que vous devez payer un logement pour votre école à Paris alors que j'ai un château quasiment vide. Il y a une ferme, aussi, et des domestiques qui n'ont rien à faire, qu'à attendre ». ISADORA, A sensational life by Peter Kurth
- Le château et le parc furent mis à disposition de la Croix Rouge comme hôpital militaire et centre de ravitaillement lors de la grande guerre (Septembre 1914, jusque fin 1918).
Madame Corey était une cantatrice américaine qui avait créé, aux États-Unis, l'opérette « La Belle de New-York » que j'avais vu jouer à Londres, dans ma jeunesse. Mrs Corey possédait une belle voix de contre alto. Elle charma un milliardaire américain, roi de je ne sais quoi, qui divorça pour l'épouser. Elle ne chanta plus, vint habiter la France où son richissime mari lui fit don du beau domaine de Vilgénis et de son château, près de Paris, où le roi Jérôme, Bonaparte, de Westphalie avait terminé sa remuante carrière. C'est mort, qu'il fut transporté au Palais-Royal, à Paris.
Un jour, Madame Corey, faisant visiter la royale demeure à un érudit français, lui dit : « Je vais vous montrer la chambre où Napoléon-Bonaparte est mort ». Pardon, riposta l'érudit, c'est de Jérôme qu'il s'agit et Mrs Corey de répliquer : « Oh ! Vous savez c'est toujours un Bonaparte et c'est donc la même chose. »
Elle avait, américaine de naissance, une notion rudimentaire de l'histoire de France.
Le château, petit mais ravissant, nimbé de poésie romanesque, était entouré de jardins très bien entretenus et d'un vaste parc boisé. Mrs Corey disparut de l'horizon, les jardins ne furent plus entretenus. Le marquis de Castellane disait : « C'est une belle culture d'orties ». Il restait cependant, à l'état sauvage, des massifs, des buissons de rhododendrons, une forêt de seringas qui embaumaient au printemps et un vieux jardin romantique avec des arcades de roses, proche de la petite chapelle en ruine et où des fleurs non cultivées s'entêtaient à fleurir et à s'épanouir, superbes, en souvenir probablement du roi Jérôme.

Gustave William Lemaire - Ministère de la Culture
Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine
La salle à manger - Autres photos

Le Journal 15 juin 1923
L'endroit était idyllique, le désordre de la nature, qui permettait au caprice la liberté de sa fantaisie envahissante, dispensait un charme sentimental évocateur du passé impérial et des parcs à l'anglaise. L'intérieur était peu meublé, trois ou quatre pièces énormes ; Une petite salle à manger, au rez-de-chaussée, possédait de belles fresques peintes par Isabey et représentant des paysages.
La guerre et l'occupation ont, depuis, ruiné l'intérieur du château ; le parc et de beaux arbres sont les seuls témoins de l'époque impériale et des séjours de Mrs Corey.
Heureusement Air France a établi, dans ce lieu historique, son école d'apprentissage et réparé le château de Jérôme Bonaparte. Elle permit ainsi de conserver un patrimoine et de maintenir aux deux frontons le glorieux aigle impérial et les armoiries sculptés dans la pierre.
Bien avant la guerre, Madame Corey parcourait le domaine à cheval et des témoins oculaires prétendaient l'avoir vue, des jours de printemps, monter, nue et à cru, un superbe alezan et galoper dans le parc.
A. Guérin - France Aviation n°93 - Août 1962
- 1940 - Proche de la capitale, l'état-major Allemand des Unités de Cavalerie appartenant aux Sections d'Assaut s'installe dans la région le 14 juin 1940. Automitrailleuses, chevaux et chars à croix gammée stationnent dans le domaine, les munitions sont stockées dans les Communs. L'occupation dure jusqu'au 28 juin 1941, date de départ de ces troupes pour le front Russe. Pillage et dommages aux installations sont énormes. Une seconde occupation allemande à lieu en juillet 1944.
- 1944 - Août 1944, les blindés alliés progressent vers le nord. Longjumeau tombe assez facilement aux mains de Canterel. Ordre lui est donné de rejoindre Paris au plus vite. Direction Massy. Mais l'artillerie allemande tient bon. Il faut attendre le groupe tactique de la 2e DB, le « GT D » pour que Champlan, Palaiseau et Massy soient libérées. Peu d'Allemands seront faits prisonniers. Comme s'en souvient Jean Collet, un habitant de Massy, âgé de 16 ans à l'époque. « Quand la ville a été libérée, il ne restait plus beaucoup d'Allemands. Quelques jours auparavant, c'était un matin, on allait chercher du bois et un groupe de jeunes nous a appris qu'ils avaient quitté le château de Villegénis. On est monté voir, ils avaient tout laissé en plan. Des caisses de munitions et d'outillages étaient restées là. Dans leur fuite précipitée, ils n'avaient eu le temps de rien emporter. »
- 1944 - Le 25 août 1944 à 18 heures, le commandant La Perrière de la division Leclerc, traverse Igny, Villegenis pour recueillir la reddition allemande ; 1800 Allemands équipés se rendent dans la nuit du 25 au 26 août. Le 26 août 1944, les chars Américains sont ovationnés.
- 1945 - L'Armée de l'Air réquisitionne le domaine.
- 1946 - Air France engage des pourparlers avec la Famille William Corey pour l'achat du Domaine. Refus du propriétaire.
- 1946 - L'État poursuit l'acquisition du Domaine de Vilgenis pour le compte d'Air France, qui en prend possession et engage d'énormes travaux . Les toitures sont réparées, les bâtiments reconstruits partiellement et consolidés à grand renfort de poutres de béton et, finalement le Château retrouve son habitabilité, sinon son lustre, sans trop pâtir dans son aspect extérieur. Mais ces locaux assez incommodes, mal adaptés pour l'installation d'une école et de toute façon, insuffisants, oblige la construction de bâtiments. C'est donc la construction de « baraquements de bois » dit Chalets, qui est entreprise.
- 1er mai 1949 - Le C.I.V. (Centre d'Instruction de Vilgénis), en tant que tel, a été créé par décision générale n°288 datée du 30 avril 1949.
- 24 août 1950 - Ordonnances d'expropriation à l'encontre de la Famille William Corey.
- 1951 - Le Centre reçoit son autonomie administrative et financière.
- 1952 - Installation à Vilgénis de la Section de Formation du Personnel navigant qui avait demandé d'utiliser les instructeurs et les locaux du Centre pour la formation technique de ses stagiaires.
- 9 avril 1953 - Fixation du montant de l'indemnité d'expropriation.
- 14 avril 1953 - Air France règle directement au propriétaire les indemnités d'expropriation.
- 1954 - La décision Générale 412 du 30 janvier 1954 rétablit l'unité de Commandement du Centre. Ayant dès lors créé de toutes pièces moyens et méthodes d'enseignement, elle assume désormais officiellement la responsabilité de la formation technique de tous les personnels au sol et de la plus grande partie de l'instruction au sol des personnels navigants : pilotes, mécaniciens, radio-navigants et plus rarement navigateurs.
- 1961 - Air France cède au Ministère de l'Éducation Nationale une partie du parc, inscrit parmi les sites, pour la construction d'un lycée technique d'État.
- 30 avril 1963 - Cession, par l'État, à Air France du Château de Vilgénis et ses dépendances d'un seul tenant et d'une superficie cadastrale de 68 ha 15 a 8 ca. Acte de cession du 15 mars 1963 enregistré à Versailles
- 12 septembre 1963 - Publication au Journal Officiel du décret 63.931 régularisant la cession par l'Etat à Air France du domaine de Vilgénis
- 1963 - Cession à la commune de Massy de 8 hectares sur lesquels sera édifié le Lycée Parc de Vilgénis qui ouvre ses portes en septembre 1967, avec un total de 295 élèves répartis en 12 classes.
- 1969-1970 - Restauration du Château. Suppression du perron et de la véranda à l'entrée et du balcon façade Nord.
- 1969 - Simulateur CPT (Cockpit Procedures Training, Entraîneur aux Procédures Cockpit) B747 Gemco
- 1970 - Simulateur CPT B727
- 1971 - Simulateur B707 avec trois degrés de liberté
- 1971 - Informatique Transfert à Vilgénis des ordinateurs UNIVAC 1108 - Application ALPHA 3
- 1972 - Simulateur fixe B707 analogique installé dans le Chalet A
- 1972-1973 - Tranche 1 du Bâtiment Simulateurs ; Deux LMT 350
- 1973 - Les activités du Centre d'Instruction du PNT (DO.NL) et du Centre d'Instruction de Vilgénis (DM.ZC) ont été regroupées le 01 juillet 1973 (DGO N°38) pour former le Centre d'Instruction de Vilgénis (DT.TI) : Chef de Centre Mr Fernand Rebeyrol.
- juillet 1973 - Simulateurs FFS (Full Flight Simulator, Simulateur de Vol Complet) B707, B727 Link, deux CPT Gemco B747 et B727 ; transfert du simulateur analogique fixe Caravelle SE210.
- 1974 - Tranche 2 du Bâtiment Simulateurs.
- 1974 - Air France décide d'abattre les Communs, vétustes, pour reconstruire un bâtiment destiné à accueillir ateliers et salles de cours. Le personnel s'y oppose ; trois ans après ce bâtiment sera inscrit.
- 1975 - Installation des visuels à maquettes Redifon pour les simulateurs ; Installation simulateur FFS B747-JT9, transformé ensuite en FBS
- 1976 - Simulateur CPT A300
- 1977 - Le Château de Vilgénis et ses communs sont inscrits aux monuments historiques
- Au titre de la loi de 1930 sur les sites, l'ensemble de la parcelle du domaine de Vilgénis est site inscrit. Arrêté du 18 juin 1948 : site inscrit de la vallée de la Bièvre.
- Au titre de la loi de 1913 sont inscrites sur l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques les façades et les toitures du Château et de ses Communs. Arrêté du 23 septembre 1977.
- 1981 - Simulateur FFS A300 Thomson avec visuel SP1 (Visuel Nuit Pénombre).
- 1982 - Simulateur FFS B727-200 Thomson avec visuel SP1 ; CSS (Cockpit Systems Simulator, Simulateur de Systèmes Cockpit) B747-200
- 1986 - Simulateur FFS B747-200 CF6 avec visuel SP1
- 1987 - Simulateur Frasca
- 1988 - Simulateur FFS A320-200 Thomson avec visuel SPX-500 (Visuel Jour Nuit Pénombre) ; Simulateur B737-200 avec visuel SPX-500
- 1989-1990 - Tranche 3 bâtiment simulateur ouest et aile nord.
- 1990 - Simulateur B747-400 avec visuel SPX ; Simulateur CPT B727-200 Burtek
- 1991 - Simulateur B737-500 avec visuel SPX ; Simulateur A310-300 avec visuel SPX-500 ; Simulateur fixe A320
- 2001 - Simulateur A320-200 avec visuel ESIG 3350GT (Visuel Jour Nuit Pénombre)
- 26 mars 2007- Air France a retiré la formation de base dispensée à Vilgénis de son agrément FR.147.001. Elle conserve la formation de type qui se déroule sur les sites de Roissy et d'Orly. Une page vient d'être tournée.
- Février 2010 - Mairie de Massy - Avenir du Parc de Vilgénis Lors de la réunion de quartier, le Maire a répondu que l'agence régionale des Espaces verts et le Parc Foncier d'Île de France avaient été contactées sur l'avenir du Parc, qu'Air France souhaite vendre. Rien n'est encore conclu.
- 30 Septembre 2010 - Réception pour Les Adieux à Vilgénis. Voir photos et prévisions du devenir de Vilgénis
- 31 Décembre 2010 - À la fin 2010, Air France sera définitivement parti de Vilgénis.
- 20 Octobre 2011 - Conseil Municipal de Massy - Après en avoir délibéré, approuve la délégation du droit de préemption urbain simple sur le secteur Sud-Est du site de Vilgénis à l'Etablissement Public Foncier d'Ile-de-France.